Comment j’ai appris à lire, Agnès Desarthe

Titre : Comment j’ai appris à lire41ADWABQprL._SX302_BO1,204,203,200_.jpg
Auteur : Agnès Desarthe 
Edition :
Points
Genre : Essai, autobiographie
Date de parution : 2013
Nombre de pages : 147

Résumé : « Apprendre à lire à été, pour moi, une des choses les plus faciles et les plus difficiles », constate Agnès Desarthe. Comment apprend-on à lire ? Notre désir de lecture peut-il être entravé ? L’écriture peut-elle rendre meilleur lecteur ? Cheminant à travers ses souvenirs, l’écrivain mène une enquête passionnante, puisant au coeur d’un secret : celui de n’avoir pas aimé lire pendant longtemps.

« Le métier que j’ai choisi, le métier d’écrire, n’a servi et ne sert qu’une cause : accéder enfin et encore à la lecture. » Agnès Desarthe.

Avis : Une lecture déculpabilisante

J’aime lire. Mais j’aime surtout lire des livres sur la lecture. Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce petit essai autobiographique d’Agnès Desarthe. Elle donne une nouvelle image de ce qu’est la lecture et je lui en suis reconnaissante parce que je me suis sentie proche d’elle à de nombreuses reprises. Je souhaite – à travers cette chronique atypique – vous faire part de certaines confidences sur mon parcours de lectrice. Ceci est assez nouveau pour moi puisque je n’ai pas pour habitude de me confier, mais il me semble que ce livre, en nous poussant à la réflexion, nous invite à nous interroger dans notre identité de lecteur. 

Apprendre à lire, nous explique Agnès Desarthe, ce n’est pas seulement déchiffrer un ensemble de lettres, c’est aussi et, surtout, accéder au sens d’un texte, c’est rencontrer l’Autre que constitue l’auteur de ces mots et enfin, c’est se rencontrer soi, construire son identité.

A la différence de l’auteure, j’ai toujours aimé lire. Quand j’étais au primaire, je dévorais les « J’aime lire » et TomTom et NaNa. Puis, je suis passée à Harry Potter, grande révélation pour moi puisque je n’ai jamais autant aimé lire qu’à ce moment-là. J’adorais également mes cours de français où l’on essayait de décoder le sens caché des textes.

Si mon rythme de lecture a beaucoup ralenti au lycée, j’ai néanmoins essayé de lire Madame Bovary de Flaubert (en dehors de mes lectures obligatoires) parce que je voulais comprendre pourquoi il était tant chéri par mes professeurs de lettres. Cette lecture a été des plus douloureuse. Je l’ai abandonnée puis reprise au moins 4-5 fois avant d’en venir à bout. Je reconnais bien évidemment les qualités de ce grand classique de la littérature française… mais Emma s’ennuyait dans sa vie et moi je m’ennuyais avec elle. Si ce roman n’a pas constitué un véritable blocage, je pense qu’il explique en partie mon relâchement vis-à-vis de la lecture par la suite.

Après le bac, j’ai fait deux années de classes préparatoires en lettres et sciences sociales. Mais paradoxalement, il s’agit des deux années de ma vie où j’ai le moins lu… essentiellement par manque de temps.

Mais il y avait autre chose que ce manque de temps… On me nourrissait de grands noms de la littérature, j’achetais les livres en me disant « il faut que je les lise » et surtout je culpabilisais de vouloir lire autre chose de ce que certains appellent « la grande littérature » ou du moins « la littérature qui reste » (parce que je ne veux pas rentrer dans le débat grande/petite littérature, hiérarchie qui me convainc peu). Je me sentais à la fois trop bête pour lire les Essais de Montaigne et en même temps lire autre chose que des classiques ou des contemporains primés aurait été – comme je le pensais à l’époque – une perte de temps pendant ces deux années où je courais après ce dernier. En écrivant ces lignes, je me rends compte de l’absurdité de mes pensées… mais quand on est enfermé pendant deux ans dans le moule « prépa » qui sacralise la littérature élitiste, on peut vite dériver vers ce genre de conclusion.

Alors, oui, au fil de mes cours de lettres, j’ai eu l’impression « d’apprendre à lire », c’est-à-dire apprécier des textes que je croyais inaccessibles pour moi. Néanmoins, il m’a fallu un temps, après ces deux années intensives, pour me retrouver moi et mes goûts littéraires.

Et assez récemment, j’ai eu un déclic : je me suis reprise en main. Je voulais à tout prix retrouver le plaisir de lire que j’avais enfant. Autrement dit, je voulais lire des livres uniquement par envie, peu importe sa qualité, et non plus parce qu’il le faut, pour se cultiver ou pour je ne sais quelle autre raison.

J’aime autant les romans fantastiques, les feel good, les albums jeunesse que les classiques… au fond de moi, j’ai toujours su aimer cet ensemble hétéroclite de genres littéraires, mais cela a été plus difficile pour moi de l’assumer entièrement. La création de ce blog parachève cette prise de conscience salvatrice. Pour certains, ce que je décris a toujours été une évidence mais pour d’autres, dont je fais partie, un peu moins. On a beau être passionné par la lecture, notre parcours peut ne pas être si uniforme que cela.

Voilà toutes les raisons (personnelles) pour lesquelles j’ai été touchée par la prose d’Agnès Desarthe qui retrace son difficile chemin pour apprendre à aimer lire et à trouver son identité. Elle explique comment la lecture est essentielle pour devenir écrivain et je suis d’accord avec elle. Sans pour autant avoir de vocation pour l’écriture, j’ai des difficultés à comprendre comment on peut écrire un texte de qualité sans jamais ouvrir un livre. Des exceptions existent bien sûr, mais je suis persuadée qu’un lien existe entre l’écriture et la lecture.

J’ai adoré ce livre et je pense que tout lecteur (et même non lecteur) devrait s’essayer à la lecture de ce petit texte déculpabilisant dans lequel l’auteure défend malgré tout les bienfaits de la lecture.

Je suis désolée pour la longueur de ce billet !
Comment décrivez-vous votre parcours de lecteur ? 

Note : 16/20

Romanesquement vôtre,

Marion

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16 commentaires sur « Comment j’ai appris à lire, Agnès Desarthe »

  1. Comme tu l’écris si bien, c’est important de lire par envie ! 🙂
    Personnellement, je me souviens avoir adoré lire étant petite même si je ne lisais pas beaucoup ( je trouvais ça magique !) ^^ Mais je pense avoir eu le déclic pendant une période durant laquelle j’avais besoin de m’évader, de découvrir de nouvelles choses et surtout de me faire plaisir ! 🙂

    Ton article est vraiment intéressant et très agréable à lire en tout cas; et me donne très envie de découvrir ce petit livre 🙂

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  2. Je comprend le point de vue de tes années prépa, car j’avais une amie en prépa qui me racontait ses cours et l’opinion de ses profs sur la littérature, opinion qui était trop élitiste pour moi.
    Je note ce titre car tu m’intrigue et le sujet me semble passionnant !
    ps : j’adore l’originalité de ton billet =)

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  3. Ton avis est très intéressant, notamment ton parcours et ton rapport à la lecture! J’ai moi aussi culpabilisé de ne pas arriver à lire de grands classiques, décris comme la vraie littérature … Tout ça parce qu’il y a des gens qui pensent que tous les livres contemporains n’apportent rien par rapport aux livres plus anciens, qu’on ne peut pas se considérer comme amoureux de la littérature si on ne lit pas du Balzac et autre Victor Hugo … Je suis d’accord ce sont de grands auteurs mais on peut très bien avoir des goûts très variés en matière de lecture … Du coup maintenant je m’en fiche, je ne lis que ce qui me plais, quoi qu’on puisse en penser =P

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  4. J’ai adoré ton article, ça fait du bien de lire ce genre de choses, et de voir que certaines personnes nous permettent de prendre en compte que n’importe quelle lecture est au final accessible, mais qu’il ne faut pas lire parce qu’autrui a jugé que c’était ces livres là, la littérature, mais parce qu’on en a tout simplement envie. Lemon June appuie aussi sur ça dans ses vidéos, notamment une – je crois que ça doit être les 25 choses sur elles, enfin je ne suis pas sûre. Mais ça fait un bien fou de voir, lire ou entendre ce genre de choses !

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  5. Joli billet, j’ai aimé découvrir ton expérience de lectrice. 🙂
    Si je n’ai pas de problèmes avec le fait de ne pas trop aimer les classiques en général, j’ai en revanche plus de mal à assumer de lire des livres jeunesses, romances, fantastiques, ect, qui sont « moins bien considérés » devant des gens que je connais…

    Camille

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    1. Je ressens la même chose que toi… c’est plus facile de dire « je n’aime pas tel auteur classique » plutôt que « j’adore les livres jeunesses » ! On peut donner l’impression de manquer de maturité à aimer ce genre de littérature alors que c’est totalement stupide de penser ça… Mais si on arrive à plus l’assumer, peut être que les gens finiront par avoir un autre regard sur ces genres littéraires. Le plus important c’est de lire et surtout d’aimer ce qu’on lit ! 🙂

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  6. Une belle critique où l’on découvre ton parcours de lectrice : les livres qui t’ont changée, ceux qui t’ont rebutée, tes ressentis, … C’est très intéressant et cela prouve que le livre fait réfléchir sur le Livre et sa propre expérience.
    Personnellement, je n’aime pas tous les classiques (deux/trois seulement) et ne compte pas lire de suite ceux qui me sont inconnus, car je n’en ai tout simplement pas envie. Cela me rappelle la période où il fallait me « forcer » à en lire. Je préfère m’amuser avec des lectures variées (polar, ado, fantastique, horreur) que lire du classique. Mes proches l’ont bien compris et, au pire, si les gens ne comprennent toujours pas qu’on a le droit de lire ce que l’on veut et qu’il n’y a pas de littérature « supérieure », je coupe cours en parlant de mon travail (médiathèque). Figure-toi que même là-bas, nous n’avons pas beaucoup de classiques. Ces derniers se trouvent facilement et à bas prix et n’ont jamais été réclamés par des lecteurs. La preuve que beaucoup lisent par envie. ❤

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  7. pour moi, pendant toute l’enfance et la jeunesse, j’ai lu n’importe quoi ce qui me tombait sous la main, la biblio de mes parents qui était assez diversifiée, les bouquins de la biblio publique que l’on visitait une fois par semaine, les classiques, les modernes, les encyclos, les poèmes et les essais, les magazines et les revues que je trouvais chez ma grand-mère, j’ai même lu ce qui n’était pas susceptible de me plaire.
    âgée, je choisis mes livres en fonction du temps que je peux y consacrer, et puis du caprice du moment, du hasard objectif, ajouterais-je ; je remarque cependant qu’il y a des livres que je ne lis pratiquement plus, ainsi la poésie, sauf moment privilégié, ponctuellement, la sf dont j’ai été goinfre et qui ne m’attire plus, je continue à prendre des polars pour la lecture rapide, les romans m’ennuient un peu maintenant, mais je reste ouverte et un blog comme le vôtre peut éveiller le désir d’en lire un, je lis des essais, des manuels divers, de temps en temps je relis un « classique » d’une époque ou d’une autre, par goût du verbe et des descriptions de ce qui n’existe plus. Ainsi, l’on trouve chez Balzac d’intéressantes descriptions du Paris d’autrefois, du temps où des maisons étaient construites sur le pont-neuf qui pourtant s’effondrait régulièrement…

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