Les neiges bleues, Piotr Bednarski

 

Titre : Les neiges bleuesles-neiges-bleues
Auteur : Piotr Bednarski
Edition : Le Livre de poche
Genre : roman autobiographique
Date de parution : 2004
Nombre de pages : 187

Résumé : « (…) la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s’estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur – désormais seuls le feu de bois, l’amour et trois cents grammes quotidiens d’un pain mêlé de cellulose et d’arrêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort. » Au coeur du système répressif soviétique des années 1940, en Sibérie, un petit garçon de huit ans tente de conserver sa joie de vivre. Malgré les morts, les disparitions, les emprisonnements, le jeune Petia va survivre grâce à la foi mais, surtout, grâce à la poésie. Un récit autobiographique bouleversant.

Avis : Un coup de coeur

Ce petit livre faisait partie de ma PAL bien avant d’intégrer mes lectures pour le Cold Winter Challenge. Il s’agit d’un récit autobiographique très peu connu et qui, pourtant, appartient désormais à la catégorie de mes plus grands coups de coeur de tous les temps ! Il est constitué de plusieurs « chapitres » qui peuvent se lire sous forme de nouvelles plus ou moins indépendantes tout en suivant un certain ordre chronologique. 

On suit Petia, le jeune narrateur polonais de 8 ans, déporté en URSS avec sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale. Son père issu de la petite bourgeoisie polonaise échappe miraculeusement aux exécutions pour être déporté au goulag. Il se retrouve donc dans une petite ville à côté d’un passage du Transibérien avec sa mère, de confession juive, que tout le monde, y compris lui, surnomme « Beauté ». D’ailleurs, la gare se révèlera être un lieu important pour Petia qui y passe le plus clair de son temps.

Cette petite ville, proche d’un goulag et reculée dans les profondeurs de la Sibérie, est majoritairement constitué de femmes et d’enfants. Le manque d’hommes s’explique par les déportations, les exécutions et les suicides. Dans ce lieu cosmopolite – on y retrouve à peu près tous les « mal aimés » sous diverses nationalités – le froid, la faim, et l’humiliation représentent quasiment à eux seuls le quotidien de ses habitants.

La mort est omniprésente dans ce livre : elle fait tellement partie du quotidien qu’elle n’étonne plus personne. La peur des Soviétiques conduit certaines femmes à dénoncer leurs propres maris pour un rien. Ces derniers finissent au goulag ou choisissent de se suicider, préférant garder cette dernière liberté pour eux. Cette omniprésence de la mort a pour conséquence de donner un incroyable souffle de vie à la narration. Petia cherche par tous les moyens à attraper la vie pour échapper à la mort.

J’ai rapidement associé cette lecture à un conte. Les horreurs perpétrées par le régime soviétique en ce temps-là sont racontées par un jeune garçon extrêmement intelligent dont le regard allie la maturité d’un adulte et l’innocence d’un enfant. C’est pourquoi, selon moi, ce récit a une portée universelle à la manière d’un conte. Il est certes relaté par un jeune garçon de 8 ans, mais il me semble que n’importe quel adulte peut être transporté par son récit.

La force de ce livre se trouve essentiellement dans l’écriture profondément poétique qui permet d’apporter de la Beauté et de la légèreté face à la lourdeur des événements. Si ce livre est un coup de coeur, c’est principalement parce qu’il met simplement en évidence que, parfois, du pire peut naître le meilleur.

Ce livre très court est accessible : il réussit à faire le pari d’associer poésie et simplicité. Les neiges bleues a constitué pour moi un regard neuf sur cette partie de l’Histoire (qui me passionne). En effet, j’ai apprécié découvrir un aspect du régime soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale en suivant simplement le quotidien d’un jeune garçon : j’ai ressenti les actes cruels avec encore plus de force ! L’ « héroïne » dans cette histoire est pour moi l’imagination de ce petit garçon sur la mort, qui lui permet non pas de survivre mais de vivre.

Note : 18/20

Romanesquement vôtre,

Marion

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4 commentaires sur « Les neiges bleues, Piotr Bednarski »

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